Si les premières bastides de la Provence furent assez basiques, les investissements bourgeois dans ces demeures à la campagne sur les siècles suivants les ont transformées.
Ainsi, certains propriétaires font appel à des architectes de renom afin d’avoir une bastide la plus exceptionnelle qui soit, parfois digne d'un château provençal. Plusieurs bastides ont d'ailleurs de nos jours une appellation de château.
Outre l'arrivée d'un bien meilleur confort, les plus belles bastides sont richement décorées, parées de nombreux objets d’art. Les matériaux sont de qualité, les gypseries et les peintures murales fréquentes. Parfois, comme un petit clin d’œil, le bâtiment est peint dans un encart mural.
Les jardins n’ont rien à envier aux bâtiments. L’art des jardins à la Française y est courant. On y retrouve des jeux d’eau, des fontaines, des bassins, des topiaires (sculptures végétales), mais aussi de jardins de fleurs (roseraies, etc.), des arrangements de plantes (buis, lauriers, etc.), des jardins aromatiques et de petits vergers dont certains sont bien plus travaillés de manière ornementale que pour l’optimisation de la récolte. On peut même trouver de petits labyrinthes ou des lavoirs.
Alors que certaines bastides font rêver par leurs tailles imposantes, leurs prestances architecturales et leurs jardins ornés de grands arbres, bassins et autres jeux d’eau, les bastides de la Provence plus profonde, un peu de celles qui forment le hameau des Bastides Blanches dans l’œuvre de Giono, ont su inspirer les artistes par leur simplicité, par leur rusticité .
Il est donc tout à fait normal qu’elles aient servi de modèles pour les peintres, de décors pour le cinéma ou la télévision, d’inspiration pour la littérature, de lieu de réunion pour des représentations artistiques, etc.
Elles sont parfois clairement l’unique modèle, parfois le fond du tableau, un décor magique pour une activité tierce (festival, théâtre dans les jardins, etc.), parfois même un simple objet du paysage, presque un détail, et enfin parfois uniquement un esprit dans le tableau, un art de vivre.
Ainsi, si dans son tableau Bastide du Jas de Bouffan, Paul Cézanne prend comme unique sujet le bâtiment et les arbres que l’on retrouve devant, avec son La Bastide Blanche sous la Sainte Victoire, Henri Rolland peint un paysage où la bastide en question se devine mais, bien qu’elle soit dans le titre, reste lointaine et n’occupe qu’une infime partie de la toile. D'autres œuvres n'en font pas mention dans leurs titres, mais elles sont bien là, comme dans la peinture le vallon des Auffes de Joseph Salles. Il peint le tableau de ce célèbre vallon de Marseille en 1838. Si la plage est vide de bâtiment, mais les côtés sont remplis de cabanes et de petites bastides, ou bastidons.
Dans l’œuvre de Marcel Pagnol, la bastide joue un rôle important. Dans la gloire de mon père, Joseph et l'oncle Jules vont louer la « Bastide Neuve », puis dans le château de ma mère, il passe par le château Saint-Antoine qui est une grande bastide, et même le fameux château de sa mère, le château de La Buzine, est sur les bases d'une ancienne bastide. Dans l'eau des collines, c'est le Papet, César Soubeyran, qui habite une bastide.
On peut aussi noter plusieurs livres dans lesquels le bâtiment est dans le titre:
La bastide, le mas et le cabanon sont des sujets maintes fois repris dans les paysages de type souvenirs de Provence. Ces bâtiments sont associés avec les symboles de végétation provençale qui font rêver: l’olivier, le cyprès, le platane, l'amandier (plus rare, sauf pour les cabanons) et la lavande. Certains parlent alors d'une peinture néo-provençale.