L'art de vivre en Provence

Provence, pays de la pierre

La pierre, les pierres, sont des éléments dominants en Provence, véritablement inscrits dans un paysage plus minéral que végétal. Ainsi, les rapports de l’homme à la pierre participent depuis fort longtemps de ce que le géographe Roger Livet nommait « l’appel du rocher ».

Le symbole est puissant et simple. Accroché à la pente, le village provençal est ancré dans la roche mère. Ainsi tourné vers le soleil, protégé du mistral, dégagé des nappes d’air glacé ou suffocant des bas-fonds, il surveille qui vient au loin et se montre au paysage.

Ici, la pierre est partout. Elle est suffisamment riche ou chargée de sens pour qu’il y ait beaucoup à apprendre d’elle.

Souterraine, elle permit l’habitat de l’homme préhistorique dans des abris naturels.

Travaillée, elle fut extraite  sous forme de blocs géométriques dans des carrières qui ont été exploitées pour servir à la construction d’édifices divers.

Aérienne, par droit de noblesse, elle construit l’édifice civil ou religieux, taillée, assemblée à la perfection de par des gens de métiers héritiers d’une longue tradition.

Monumentale au Palais des Papes, humble dans l’église de village, fière dans la demeure urbaine, la pierre chante la beauté d’un pays.

 

Un paysage minéral

En Provence, les chaines de collines et de montagnes se répondent comme des vagues : Luberon, Alpilles, Ventoux, Lure,  Sainte-Baume, Etoile et Sainte-Victoire. Le climat sec et peu pluvieux laisse le minéral nu et lumineux partout en vue.

Et le paysage humain semble répéter, reproduire ce paysage naturel. La pierre ordonne les villages perchés, ajoutant des motifs de falaise. Elle s’assemble en murets, en cabanons de pierres sèches, bories, bergeries. Elle aménage les terrasses de cultures, transformant des versants de colline en escaliers de géants. Un art sans artifice. Une émotion esthétique.

Et il appartiendra à chacun de trouver, au hasard de ses promenades, ces pierres étranges que les caprices de la nature ont formées : calcaires percés par l’érosion, galets usés par les fleuves, fossiles nourris de la gangue du monde. Autant de signes inscrits depuis les temps géologiques, une leçon de choses.

 

Le bâti provençal

La question de la pierre en Provence concerne aussi et surtout la maison. La tradition associe d’ailleurs la famille à ses murs : le même mot, oustau, désignait les deux notions.

La maison est un lieu stable et durable dont on peut mesurer l’histoire aux traces et à l’usure : pierre d’angle, pierres de seuil, pierre des marches de l’escalier ou des dalles du sol, pierre d’appui des fenêtres, pierre du fond de l’âtre, pierre de la bugadière où le linge était lessivé, pierre de l’évier, pierre de la margelle du puits, pierre des auges et des bassins, pierre du moulin et du four.

Les mêmes signes se retrouvent dans l’espace du village ou des villes : hôtels de ville et tours de l’horloge, églises paroissiales et chapelles de confréries, halles aux grains, fontaines, puits, lavoirs, fours, niches et statues, inscriptions votives ou commémoratives, portes, tours et remparts.

Puis de la cuve baptismale à la table de communion, du seuil franchi pour le mariage à la dalle de la tombe, la pierre était présente aux étapes du passage de chacun dans le groupe social.

 

Carrières et carriers : une activité très ancienne en Provence

Partout où les dépôts affleurent, des carrières ont été creusées. Les sites d’extraction ont marqué le paysage provençal depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

L’occupation romaine a été une grande période d’exploitation pour répondre aux exigences de ces bâtisseurs exceptionnels. On ne peut se faire qu’une faible idée de ce qu’était la qualité et la puissance de la technologie romaine qui creusait des carrières, transportait des blocs énormes, tournait des colonnes. Les carrières de Glanum (St Rémy de Provence) fournirent largement les matériaux pour la ville d’Arles, alors que les carrières de Beaucaire et celles de la montagne de Lens alimentèrent la ville de Nîmes. Marseille, quant à elle, fut construite avec les carrières de la côte. Un véritable art de pierres dont seuls sont restés debout les plus gros monuments : arènes et théâtres d’Arles, d’Orange, de Nîmes, porte et mausolée à Aix…

Au Moyen Âge, d’autres bâtisseurs se sont mesurés à ces vestiges comme à des modèles… y compris en poids ! Au XIV° siècle se construit au bord du Rhône, à Avignon, un monument de pierre plus grand, plus massif, plus assis et plus fort que les plus beaux monuments romains du pays. Un manifeste de la pierre. Le Palais des papes devient une référence, une leçon, la plus grande des constructions gothiques du Moyen Âge ! A la même époque se construisent ou se reconstruisent la tour de Montmajour, le château Anglica de Barbentane, le château de Beaucaire puis celui de Tarascon.

Avec la période classique s’ouvre un nouvel âge de la pierre en Provence. Du XVI° au XVIII° siècle, la Provence devient une véritable civilisation urbaine et les carrières doivent répondre à la demande accrue de matériaux. Les constructions d’hôtels particuliers et de belles demeures nobiliaires dans les grandes villes comme Aix, ainsi que les bastides, vont consommer énormément de pierres de taille, en particulier pour les chaines d’angle, les encadrements de portes et surtout le décor des façades.

La révolution industrielle et l’apparition du chemin de fer ouvrent de nouvelles perspectives pour les carrières. En 1901, il existe 24 carrières de pierres de taille sur les 3 communes de Lacoste, Ménerbes et Oppède. On passe ainsi d’une consommation locale à une exploitation exportatrice. Le renouveau urbain est éclatant de blancheur, orchestré par le baron Haussmann. Les villes vont absorber des milliers de mètres cubes de pierre, qui va connaître une phase de prospérité jamais égalée depuis.

Le siècle dernier aura vu construire de nombreux bâtiments publics, les maisons s’élèvent dans les campagnes, on améliore les voies de communication, on construit des ponts. En écho, nombre de carrières prennent la forme d’exploitation industrielle. Cet âge d’or durera jusqu’après la Grande Guerre et la concurrence du béton.

Et de nos jours ?

La pierre était importante dans le sentiment des habitants d’hier. Elle l’est tout autant, mais différemment, dans celui de ses contemporains.

Les parpaings et les briques ont incontestablement remplacé les moellons, lesquels sont devenus la nouvelle référence de solidité de la « construction traditionnelle », du durable. Mais une subtile hiérarchie s’établit : la vieille maison se découvre de son enduit pour faire apparaître fièrement la maîtrise de son appareillage de pierre, alors que la maison de parpaings ou de briques s’en habille.

On dénombre encore 8 carrières en activité de pierre de taille dans notre département, sans compter les petites entreprises artisanales de taille de pierre. Les principales exploitations sont situées à Ménerbes, à Oppède, à Gordes, au Beaucet, à Buoux et à Crillon-le-Brave.

Avec la mécanisation, l’automatisation et les nouvelles normes de construction, la pierre de taille s’est réinventé un nouvel avenir : celui de la pierre massive.

Aujourd’hui, de la restauration jusqu’à la construction de villas, de bâtiments tels que des logements collectifs, des crèches, des collèges, des lycées jusqu’à des chais viticoles, les constructions en pierre massive marquent les espaces et les esprits.

Ses qualités esthétiques ne sont plus à démontrer comme sa durabilité dans l’art de construire traditionnellement. Ses atouts économiques et son usage universel et intemporel lui ouvre un avenir riche de sens et de noblesse, d’un habitat moderne et respectueux des enjeux écologiques dans lequel il fait bon vivre.

 

 

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