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Renaissance d’une rose CENTIFOLIA : La Baptistine - LE PARFUM d’autrefois et la rose d’aujourd’hui

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LE PARFUM d’autrefois et la rose d’aujourd’hui

Il était une fois… une rose de mai généreuse et charnue, exhalant un bouquet aux multiples facettes dont on pouvait extraire un parfum, rareté absolue dans le monde des roses parfumées.
Les tanneurs et gantiers installés à Grasse depuis le Moyen Âge, grâce à la qualité et à l’abondance des eaux de source, maîtrisent dès le XVIIe siècle l’art de la distillation et de l’extraction des essences végétales. Ils choisissent cette rose pour le parfum qu’elle fixe merveilleusement sur les cuirs et les peaux.
Fragonard, peintre grassois de la cour de Versailles, associe la rose de sa ville aux romances galantes. Son talent fait le reste, et les jardins du Petit Trianon se parent d’arceaux de roses de mai parfumées venues de Grasse, décrites dans l’Encyclopédie par le peintre des roses Pierre-Joseph Redouté (1759-1840). Le parfum de rose devient alors le symbole du Grand Siècle, ambassadeur du charme français dans toutes les cours d’Europe à travers les gants parfumés de Grasse.
Puis les caprices du temps et les maladies font disparaître cette rose de toute exploitation. Patrick Süskind évoquera plus tard cette histoire à peine romancée dans Le Parfum.
Sa culture, venue d’Orient puis passée par Florence et Montpellier avant de s’installer à Grasse sous le nom de Rose de Provence à la fin du Moyen Âge, fit pourtant la fortune des maîtres gantiers-parfumeurs.

La saga de la rose de mai continue…
Il fallut attendre… La rose avait disparu, Baptistin la fit renaître.
« Depuis 1880, aucune rose destinée à la parfumerie n’avait été créée. Vers 1950, mon père, Baptistin Giorgis, travaillait pour Guerlain. Spécialiste des extractions de roses chez Bertrand-Frères, producteur de matières premières, ses recherches olfactives personnelles l’amenèrent à étudier les textes anciens décrivant les compositions des parfums élaborés au XVIIIe siècle.
Il réalisa alors que la rose de cette époque avait disparu. Il comprit que si personne ne recréait cette plante, le parfum naturel de cette rose disparaîtrait à jamais. Il était à la fois Nez et rosiériste.
Baptistin eut l’intuition de retrouver la fragrance des roses disparues en faisant renaître une Centifolia à cent pétales issue des rosiers de ses parents. Pour créer une nouvelle rose au parfum ancien, il féconda les fleurs à peine écloses des vieux rosiers du couvent de la Visitation avec les étamines de rosiers sauvages aux larges corolles parfumées poussant derrière la cathédrale médiévale.
Pendant quinze ans, il obtint des centaines de roses chaque année, attendant patiemment la première floraison. Son talent de Nez lui permit finalement de sélectionner une rose retrouvant le parfum d’une véritable centifolia compatible avec les formules anciennes et capable de parfumer le cuir.
En 1967, il offrit cette rose à sa fille Roseline, heureux d’avoir retrouvé cette fragrance perdue. Il avait 39 ans et mourut cette même année… sans avoir eu le temps de confirmer scientifiquement sa découverte par analyse chromatographique. »

La génération suivante…
Née rue Sans Peur, au cœur de la cité médiévale de Grasse, dans l’ancienne demeure familiale ayant abrité les tanneries, Roseline Giorgis grandit au milieu des fleurs et des récoltes.
Très tôt, sa capacité à « voir » les odeurs en couleurs lui permet d’accompagner son père et Jean-Paul Guerlain dans les laboratoires de la parfumerie, fascinée par les palettes olfactives, les machines géantes, les vapeurs et les alambics.
Après des études d’histoire de l’art, d’archéologie puis d’arts plastiques, elle mène une carrière internationale d’artiste plasticienne et de designer coloriste. Spécialiste des pigments et des techniques anciennes, elle crée décors, vernis et peintures parfumées.
En 2004, elle décide de consacrer sa vie au rosier afin d’obtenir la reconnaissance officielle de cette variété. En hommage à son père, la rose est enregistrée sous le nom de Baptistine Centifolia. Le certificat français d’obtention végétale est délivré en 2009 et la reconnaissance variétale européenne confirmée en 2013.
Grâce au soutien du groupe brésilien Natura, Roseline Giorgis mène des expérimentations à Grasse et à L’Isle-sur-la-Sorgue, démontrant les qualités exceptionnelles de cette rose provençale.
Aujourd’hui, elle cultive la Baptistine en Provence, mais aussi en Égypte et en Tunisie.

Agricultrice – Parfumeuse
Avec la même audace que son père, Roseline démontre l’originalité de cette nouvelle essence absolue aux notes puissantes et à la capacité retrouvée de parfumer les cuirs et parchemins.
Les jardins de la Rose et du Parfumeur, situés chemin de Reydet à L’Isle-sur-la-Sorgue, invitent chaque année à participer à la récolte des roses en mai. Trois tonnes de roses y sont cueillies à la main puis distillées sur place.
Les grandes maisons de parfumerie comme les créateurs de parfums de niche utilisent aujourd’hui ces absolues rares dans leurs compositions.

La Maison de la Rose
Il y a une vingtaine d’années, Roseline s’installe à Fontaine-de-Vaucluse dans une demeure ancienne dominant la Sorgue. Elle y aménage son laboratoire et sa bibliothèque olfactive.

Son laboratoire biologique
En 2010, son atelier-laboratoire est mis aux normes AFSSAPS, lui permettant de produire eaux florales et hydrolats selon les méthodes ancestrales des gantiers-parfumeurs grassois.
L’eau pure puisée à trente-six pieds de profondeur dans le puits de la maison permet une distillation optimale des molécules fragiles de la rose.
Autour de la Rose Baptistine, Roseline crée désormais parfums, huiles, baumes, cosmétiques, douceurs sucrées et même peintures parfumées.
Au showroom de la Maison de la Rose, visiteurs et passionnés découvrent hydrolats, huiles essentielles, condiments, sucres parfumés, pétales confits, gelées, sirops, chocolats ou encore vinaigres à la rose.


Passionnée, Roseline partage aujourd’hui son savoir lors de conférences et rencontres organisées tout au long de l’année. 

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